Avec ces trois premiers articles (Motivation, Un secret de la Fatiha 1 et 2) nous sommes prêts à nous « ouvrir » à l’enseignement de sidi Cheikh al-Hadi Boukamcha, رضي الله عنه. Il est le Pôle de son temps (17 mars 1935 – 17 février 1990). La vraie valeur n’est pas reconnue par les contemporains. La « contemporanéité » est une privation (hirmân), car l’homme ne peut estimer la valeur des choses qu’après leur disparition (GC, 1e part, concl)[1]. Il faut du temps pour qu’elle se déclare au grand jour. Ce jour est venu.
Il a réussi, à travers un petit nombre d’écrits « doctrinaux », quelque 200 poésies, et ses mudhakârates[2] – paroles venant de Dieu et revenant à Lui en passant par l’âme des auditeurs –, de donner une vision cohérente, complète, entièrement nouvelle du Soufisme.
À ce sujet il fait une distinction capitale entre le réformateur, « revivificateur », restaurateur, et l’innovateur, corrupteur, promoteur de concepts révolutionnaires. Ce dernier procède de lui-même, il propose un système de son cru, en suivant les caprices de sa pensée et ses préférences émotionnelles ; il est motivé par le désir de se mettre en valeur. Il s’accroche de manière sectaire (ta’aççub) à sa propre opinion… non pas pour approfondir sa compréhension des enseignements de la Loi sacrée, mais pour occuper sa propre place à côté de cette Loi (GC, introd. et 2e part, introd). Sa doctrine entraine les divisions, la discorde, l’animosité, des réactions violentes, les contradictions exclusives, car il élimine tous ceux qui n’entrent pas dans ses vues, chaque groupe prenant la défense de son « école » ou de celle qu’il préfère (GC, 2e part, introd)[3].
Le réformateur diffuse une parole venant de Dieu, qui ramène les hommes aux éléments fondamentaux de la Religion (arkân ad-dîn) en les dégageant des interprétations fautives, du poids des habitudes, des additifs conceptuels. Elle ne répète pas le passé, elle nous fait voir « les choses telles quelles »[4] , telles qu’elles se vivent au moment où nous en parlons.
La Loi religieuse, qui a vocation à gouverner les conduites humaines, se durcit et perd toute influence réelle tant qu’elle n’est pas incarnée par une Personne qui la met en pratique et donne envie de la suivre. Cet homme de réalisation concrète se trouve dans un état continuel de réponse (istijâbah) à l’appel d’Allâh et de Son Envoyé… Il est le « vivant donnant la vie » (al-hayy al-muhyî) (V, 5e question).
Sidi cheikh nous rappelle que la Loi sacrée complète comprend trois degrés : Islâm, ou la soumission aux normes révélées ; Imân, ou l’adhésion du cœur, la Foi dans la révélation ; Ihsân, la connaissance réalisée du Vrai. Il en déduit en toute logique que tout croyant est dans l’obligation d’actualiser dans son acte de présence propre l’enseignement religieux. Accomplir ce travail de réforme et de renouvellement est une obligation (fard) pour tout musulman et toute musulmane… Cette réforme n’apportera le bénéfice espéré que par la conjonction des efforts, des efforts de tous sans exception (GC, introd).
L’Ihsân n’est pas réservé à une élite, il est l’affaire de tous. Chacun doit mobiliser toutes les ressources de son intelligence et de son cœur pour se tenir dans le Présent Vivant de la Révélation. Celui qui s’abstient du Fondement de l’Excellence et se contente de la Foi et de la Soumission est un « dévoyé » (GC. concl). Car l’Islâm et l’Imân sont des moyens d’accès à la pleine réalisation de l’Ihsân[5] , « adore Dieu comme si tu Le voyais ». Il est inconcevable qu’un homme intelligent (‘âqil) se contente du moyen en négligeant la fin, ou qu’il aspire à la fin en négligeant le moyen (G. concl). وَأَنَّ إِلَىٰ رَبِّكَ ٱلْمُنتَهَىٰ, Et c’est vers ton Seigneur qu’est l’aboutissement ultime (Cor. 53, 42). Cet aboutissement est une certitude intime, un secret magnifique que je m’efforce de répandre (Q, Ô Bakkûsh de noble aspiration).
Sidi cheikh est le grand esprit qui vient, en notre temps, distiller pour nous le message de l’Islam. Il le fait en marquant un progrès sensible. Il dit par exemple de son livre « Le Guide du cheminant sur la Voie » qu’il est un don provenant de la pure grâce (madd) de Sayyidnâ Cheikh – qu’Allâh soit satisfait de lui – le livre « pilier » (ou « le livre de base», alkitâb al-‘umdah) sur le Taçawwuf, dont les générations précédentes n’ont pu nous offrir l’équivalent (GC, § 44 note 4).
C’est dire que sidi cheikh était un homme de son temps. Il se plaisait à dire aux visiteurs trop attachés à des références anciennes : « ici c’est une zâwiyyah moderne ». Il est d’accord avec cette parole de Charles Péguy : le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu’il n’a changé depuis trente ans .[6] Nous voyons ainsi aujourd’hui les découvertes stupéfiantes de la science, ses avancées étonnantes, ses progrès gigantesques, les bienfaits abondants qu’elle met à la disposition de l’homme, et l’essor général qu’elle réalise… La Louange revient à Allâh pour ces Bienfaits ; la reconnaissance Lui est due pour ces Faveurs, et ne peut nier cela qu’un ignorant entêté, un stupide insensé, un dévot borné (GC, 2e part, chap. 5).
Il se félicitait des moyens de communication modernes qui peuvent faire connaitre les voies sacrées de leur intérieur. Elles constituent un moyen de diffusion appréciable de la parole des maîtres, exerçant un impact sur le lecteur, l’auditeur ou le spectateur (V, parole adressée à un correspondant de la revue Al-‘Alam). Même si le message ne touche que celui qui est prédisposé à l’entendre, car, à supposer que tous les journaux du monde entier, ses revues, ses télévisions et ses clairons consacrent leur activité à appeler les hommes vers cette Voie, ne viendrait à elle que celui à qui Allâh a donné une lumière (V, Mudhâkarah) .
Il espérait que ses poèmes soient un jour publiés, ainsi que ses traités. Il déclare à la fin d’une mudhâkarah qu’elle n’est pas seulement destinée à ceux qui sont autour de lui ce soir-là, mais à l’humanité entière sans exception. Les invocateurs qui l’ont entendue de vive voix sont les « dépositaires » (umanâ) chargés de transmettre en totalité ou partiellement cette mudhâkarah, en fonction des capacités de compréhension de ceux auxquels ils transmettent (V, introd).
Ces paroles n’appartiennent à personne. « Ce sont là des paroles provenant tout juste du Seigneur des mondes » (G, § 77). Mes poésies sont Sa Volonté (Q, La demeure du Bien-aimé est chez moi). Boukamsha Al-Hâdî proclame : ma poésie et mes chants sont pour le Seigneur des seigneurs, notre Prophète, l’Effusion des temps (Q, Frères !, venez, que nous invoquions le Tout Miséricordieux). Elles sont à tous ceux qui ont une « oreille réceptive ».[7] وَمَآ أَرْسَلْنَٰكَ إِلَّا كَآفَّةً لِّلنَّاسِ بَشِيرًا وَنَذِيرًا, en vérité, nous t’avons envoyé pour tous les hommes (Cor. 34, 28).
J’espère pouvoir, dans une série de courts articles, faciliter l’accès à ce maître incomparable, en éclairant notamment certaines idées clefs. Sidi cheikh disait que le Soufisme s’apprend comme un métier. Il n’est pas pris dans les livres. Il en est ainsi des ouvrages d’ architecture et de médecine : peut-on en tirer le profit espéré sans l’aide d’un docteur ou d’un architecte ? S’il en était ainsi, il n’y aurait aucun intérêt à ouvrir des écoles, des instituts et des universités, comme il n’y aurait aucun intérêt de la part des gouvernements à dépenser des sommes considérables pour l’enseignement (G. 1equestion, note 4).Il faut savoir manier les outils. Les outils d’une intelligence pénétrante sont les idées, les impressions vives de l’âme (Q, Ma passion m’a parlé).
Bien sûr sa visée est avant tout pratique. Il s’agit de « parfaire les nobles caractères (li-utammima makârim al-akhlaq) », libérer le cœur des crispations intellectuelles[8] et des intoxications émotionnelles, éduquer (tarbiyah) ce coeur selon une orientation pure dans tous les actes que l’homme accomplit et les sciences qu’il acquiert, car le domaine d’action (majâl al-‘amal) du Taçawwuf, c’est le cœur, et lorsque le cœur est sain, le corps tout entier est sain (V, Conclusion).
Cette réforme exige aussi de mobiliser notre entendement pour y voir clair dans la Voie. Nous n’avons pas à opposer l’intelligence et le cœur, l’intuition et l’exercice de la raison. L’Esprit est la Couronne de la Connaissance. L’Esprit a une science : elle est la couronne des sciences fertiles. Et par Elle, l’intelligence s’élève à des sommets qui lui sont dus (Q, Viens avec moi, viens avec moi). Il existe bel et bien une intelligence du cœur, une logique saine (al-mantiq as-salîm), la réflexion droite (at-tafkir al-mustaqîm) (V, Question 9).
Le cheikh unifiant et unifié doit pouvoir être entendu dans l’unité de sa vision. Celle-ci s’apprend aussi par l’exercice patient de la pensée, une marche méthodique (salik). Celui qui connaît un éveil soudain, qui est « ravi » par Dieu, enlevé d’un coup à lui-même a cependant un degré inférieur à celui du « cheminant» (sâlik), car il ignore les différentes étapes de la Voie (GC, 1e partie, §4). C’est l’unité de vue de sidi cheikh qui est recherchée ici.
Que les pensées qui ne sont pas ici selon vos vues, Sidi cheikh, passent inaperçues ! Que celles qui touchent juste célèbrent la Qualité de votre Inspiration. C’est la prière que vous fait mon âme pour obtenir miséricorde par le secours de notre Seigneur Muhammad, صَلَّىٰ اللّٰهُ عَلَيْهِ وَسَلَّم.
Voici la liste des abréviations utilisées dans ce qui suit :
GC. Le Guide du Cheminant dans la voie, Kitâbu-d-Dalîl li Sâliki-s-Sabîl. Publié en Tunisie sans précision de date. Traduit et annoté par Louis Lasserre.
D. Dires importants pour réfuter ceux qui allèguent le décret et la prédestination pour se justifier. Al-qawl al-mu’tabar fî raddi-l ‘tidhâr bi-l-Qadâ’ wal-l-Qadar. Autre titre : Pourquoi le vrai croyant ne se justifie-t-il jamais par le décret et la prédestination ? Publié en Tunisie le 17 avril 1985. Traduit par Pierre Godé, auteur de l’abrégé du commentaire du Coran de Tabari.
G. La voie Ghawthiyya, Ar-Risâla as-Sa’diyya fî-t-ta’rîf bi-t-Tarîqa al- Ghawthiyya.Traduit et annoté par Louis Lasserre.
V. Vérités profondes et fines subtilités de la voie soufie, Kitâb al-haqâ’iq limâ li-t-tarîq aç-çufi min daqâ’iq. Traduit et annoté par Louis Lasserre.
Q. Qasaïd, Recueil de Sidi Cheikh. Poèmes chantés lors des soirées d’invocation. Le sigle est accompagné d’un numéro d’ordre renvoyant au premier vers du poème, qui en constitue le titre. La liste est donnée ci-dessous. Traduit et annoté par Louis Lasserre. Je saisis l’occasion pour remercier M. Louis Lasserre pour sa traduction, élégante et sûre, des œuvres de sidi cheikh.
F. Commentaire de la Fatiha, première sourate du Coran. Traduction personnelle.
M. Mudhâkarâtes de Sidi Cheikh. Le sigle est accompagné d’un numéro d’ordre renvoyant au titre de la mudhâkarah donné par les traducteurs (Louis Lassere, lella Mounira de la zâwiyyah de Sousse). Ceci doit permettre au lecteur de retrouver le passage si, comme je l’espère, un éditeur venait à publier ce recueil.
Voici la liste des Mudhâkarâtes de Sidi Chaykh Al-Hâdî Bûkamcha réunies ici :
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- Le levain
- Invoquez-Moi beaucoup
- Avec Moi
- Le Sens
- Majorer-minorer
- Vouloir
- Abandonne ton caractère humain sans perdre ton humanité
- Al-’Iḥsân
- À la rencontre des frères
- Le désir du Bien-aimé
- La chose qui ne te regarde pas, ne t’en préoccupe pas !
- L’entraide
- Orienter son action
- la Vérité essentielle
- Suivre
- L’examen de conscience
- Ceux qui sont toujours en prière
- Bienheureux ceux qui ont eu le succès par Allâh
- Le dhikr d’Allâh. « Mentionnez-Moi, Je vous mentionnerai »
- Le regard par lequel Allâh me voit est le regard par lequel je vois les frères
- Laisse ton âme et viens !
- Nous n’avons rien à nous : tout est à Allâh
- Mon amour est acquis à ceux qui s’aiment en Moi
- L’espoir des Gens d’Allâh est la servitude
- La Justice et la Grâce
- Fou de Dieu
- Celui qui leur tient compagnie n’est pas malheureux
- Heureux celui dont Allâh est le Compagnon
- Les Bien-aimés d’Allâh, les Savants et les Martyrs
- La prédestination ne contient que du bien
- La Science des Gens d’Allâh
- La Nuit du Décret et les Nuits d’invocation
- La Bienveillance d’Allâh et Sa Protection
- Les Hommes de Sublime aspiration
- L’invocation et l’amour d’Allâh
- La rencontre des bien-aimés et le bon conseil
- Les veillées d’invocation
- Le Maqâm Muḥammadien
Voici la liste des poèmes de sidi Cheikh :
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- Ô mon Seigneur ! O Envoyé d’Allâh ! Prends ma main
- Nuit de l’Ascension céleste
- Qui donc à la plainte de la passion…
- Déploie ton regard et médite
- Ô remède de mon cœur
- Connais Allâh, toi qui L’ignorais
- Ici se trouve le Vin antique
- Viens et laisse loin de toi le blâme
- La Voie de l’invocation élève les frères
- Toi qui me blâmes, laisse-moi
- Vous avez prodigué une effusion de désirs
- Chante, chante
- Ô Généreux ! Ô Maître merveilleux !
- Divulgue ta passion
- La vénération s’empare de moi, réservée…
- L’aube d’un heureux jour m’a porté la bonne nouvelle
- Ô Envoyé d’Allâh, Secours et Aide !
- Ô Bien-Aimé du cœur
- Intercède en notre faveur, Envoyé d’Allâh, notre Soutien
- Ô Bakhûsh de noble aspiration
- Ô Seigneur de Beauté ! C’est Toi qui es mon But
- Ô Maître de noble aspiration, je te salue
- Ô Lumière de l’Essence, Muhammad
- Mon affection est prise au lien de votre désir
- Accrois encore ma perdition d’amour
- Que ma Prière te soit adressée, ô Meilleur des hommes
- Ô Envoyé d’Allâh, mon ardent désir…
- Qui d’entre vous offrira au Bien-Aimé mes salutations ?
- Si tu veux l’heureuse Nouvelle…
- Perdez-vous en Son fol Amour, encore et toujours
- Connais ton Dieu, ne renie pas Ses Bienfaits
- Vers toi je m’empresse, Prophète de Fidélité
- Toi qui m’interroges sur Sa Réalité
- Tu es l’Unique Existant dans l’univers
- Ô Seigneur, Tu es le Très-Savant
- Ô Présence du Très-Saint
- Ô Bienveillant ! Ô notre Seigneur !
- Une aspiration fixée vers la plus haute Cime
- Ô Ahmadien ! Prends-la !
- Allâhumma, répands Tes Grâces unitives sur L’Élu
- Lorsque Se dévoila l’Essence Sainte…
- Vers vous, mes doux compagnons, j’ai tendu la main
- Ô Lieu de naissance de la glorieuse Lumière, je te salue
- Ne me blâme pas si mes larmes coulent
- Fais-nous aimer la Beauté de Ton Essence, mon Créateur
- Par ton Seigneur ! Au feu de la passion mon cœur est attaché
- Il n’y a de dieu que Dieu ! Mon Seigneur, Tu n’as pas d’associé
- De ma vie, jamais je n’oublierai…
- Ô Envoyé d’Allâh ! Nous sommes venus…
- Ô Intercesseur des créatures
- Apparais à mon regard, mon Bien-Aimé
- Je Te vois, je Te vois
- Ô Toi qui exauces le demandeur
- Ô Seigneur ! Répands Ta Grâce et Ta Paix…
- L’Asile sacré de Ta-Ha est apparu à mes yeux
- Ô Miséricorde de la Création
- Si j’ai un jour quelque demande…
- Allâh t’a pardonné et privilégié
- Heureuse nouvelle pour mon cœur de la part du Choisi
- J’invoque la Grâce divine sur une Lumière
- Autre que Toi, Allâhumma, est illusion
- Sois compagnon du Maître, du Guide exemplaire
- J’ai soumis ma face à Allâh
- Aime Allâh, mon cœur, afin que tu vives
- Allâh m’est Ami, très soucieux de moi
- Ô Envoyé d’Allâh, ta Lumière a resplendi
- Les lumières ont rayonné dans notre Assemblée
- Tu as pris possession de mon cœur
- Viens, mon frère, et désire l’Union
- Toi qui désires Allâh, Il nous a facilité le chemin
- Si vous êtes sincères, mes Seigneurs, voici le Chemin
- Priez sur la Lumière de la Présence divine
- Lumière de Lumière, Allâh
- Que la Grâce et la Paix divines soient répandues sur toi
- Rien d’autre que Votre Éclat de Beauté au fond de mon être
- Pénètre-toi de mes paroles, mon ami
- Envoyé des Vertus sans égales, Envoyé de la Paix
- Ô Perfection de la Pleine Lune
- Laisse le Tout, mon ami, laisse
- Bakhûsh nous a éduqués de la meilleure manière
- Frères ! Que ma vie soit donnée pour vous
- Voici, mes bien-aimés, le Héraut divin
- Me voici venu à vous, nobles habitants du quartier
- Mon désir m’a tiré vers vous
- Envoyé d’Allâh, accepte-moi
- Bienvenue aux Gens d’Allâh
- Intercède en notre faveur, ô Envoyé d’Allâh
- Apporte ton aide à l’accablé, mon Bien-Aimé
- Je t’ai vu, ô Envoyé
- Frères ! Venez, que nous invoquions le Tout-Miséricordieux
- Porte-moi secours, mon Dieu, ô mon Maître, ô mon Soutien
- Rien ne peut provoquer en moi votre oubli
- Il n’y a que votre beauté dans mon cœur
- Je suis Lui, sans différence
- Dis : « Allâh » avec nous
- Je vois l’Ordre totalement régi par Allâh
- Viens, si tu désires le remède
- Bien-aimés de mon cœur, que salutation de paix…
- Hommes du Tasawwuf, je vous salue
- Allâhumma ! Il n’y a de vie qu’avec les invocateurs
- Votre Éclat de beauté est devant mes yeux
- Ma passion m’a parlé
- Le cercle d’invocation…
- Lorsque je veux déchirer le Voile…
- Qu’Allâh répande sur toi Sa Grâce et Sa Paix
- Intercède et tu es agréé, ô Bien-Aimé d’Allâh
- Toi qui désires Allâh, je te répète mes paroles
- La Beauté [divine] S’est dévoilée sur notre réunion
- Allâh, c’est Lui qui demeure notre Refuge
- Vivifie cette Nuit, la Nuit de Ta-Ha
- La Création et l’Ordre Lui appartiennent, Gloire à Lui !
- L’univers s’éteignit dans le Vrai
- Voici Celui dont la vision a orné mes yeux
- Toi qui questionnes à mon sujet…
- En ton nom, ô Bien-Aimé…
- Mon cœur est attaché à Sa Grâce et à Sa Beauté
- Toi qui désires mon Art, dis « Allâh »
- Je me dirigeai vers un Secours, médecin de l’esprit
- Soyez les bienvenus, mes Seigneurs
- Autre que Sa Face est inexistant
- Qui me blâme au sujet de ma passion pour vous…
- Viens avec moi, viens avec moi
- Chaque Union atteinte par toi – heureux sois-tu !
- Par Allâh, dans votre réunion, mes Seigneurs…
- Ton extrême Proximité de moi…
- Tes Dons me remplissent d’humilité, mon Bien-Aimé
- Toi qui ne comprends pas mes paroles…
- Bakhûsh, tu demeures toujours en nous
- Qui d’entre vous offrira au Bien-Aimé mes salutations
- Chaîne de transmission de la Voie
- Allez, Échansons du Vin
- Afin que Tu sois satisfait de moi, mon Bien-Aimé…
- La demeure du Bien-Aimé est en moi
- Ô Créateur merveilleux
- Ô toi qui as appelé mon cœur
- Ô ma raison ! Peux-tu saisir…
- Allâhumma ! Tout ce que je vois m’est inspiré de Toi
- Les hommes sont perplexes
- Ô Toi qui es tout Proche
- Allâh ! Allâh ! Mon amour s’est entretenu en intimité avec Toi
- La Science de la Réalité essentielle
- Allâh ! Allâh ! Offre-moi Ta Guidance
- L’ambition de tout homme est fixée vers un but qui le fascine
- Ô la merveilleuse Nuit baignée de Lumière
- Buvez mon Vin
- Mettez-vous en route
- Je suis venu à vous, appuyé par un « Secours »
- Je salue notre Munawwar
- Ta Faveur m’entoure
- Hommage au Maître et Guide
- Je me trouvais – ne pose aucune question à ce sujet !
- La Prière centrale
- Prière sur le Prophète
- Ô Toi qui vois ce qui est caché
- Compagnon de la Voie, viens !
- Demandez Grâce et Paix divines sur l’Élu, mes Seigneurs
- Ô digne Présence du Dévoilé
[1] Voir, à la fin de cet article, la liste des abréviations utilisées.
[2] La mudhâkarah est ainsi nommée parce qu’elle suit immédiatement le dhikr. Elle est inscrite dans le « rappel » (tathkîr) de soi. لَقَدْ أَنزَلْنَآ إِلَيْكُمْ كِتَٰبًا فِيهِذِكْرُكُمْ, Certes, Nous avons fait descendre vers vous un Livre où se trouve un Rappel à vous-mêmes (Cor. 21, 10). فَٱذْكُرُونِىٓ أَذْكُرْكُمْ , Invoquez-Moi, Je vous invoquerai (Cor. 2, 152). Il s’agit d’un éveil réciproque à un soi. «Que chaque musulman fasse donc retour à sa conscience en la réveillant » (V, 6equestion). C’est à tort que l’on traduit mudhâkarah, par « discours édifiant », « sermon », « leçon » (dars), « directive » (tawjîh), « commentaire » (tafsîr), « remémoration d’un point de doctrine ». Elle est un rappel de soi, une graine d’éveil, une saisie immédiate de l’esprit par l’esprit, sans détour dialectique. C’est un « dire » sans mot dire. قُلِ ٱلرُّوحُ مِنْ أَمْرِ رَبِّى, Dis : l’esprit est un impératif qui vient de mon Seigneur (Cor. 17, 85). Interroge-moi sur l’Esprit, car je suis Son médecin. Et voici Sa Science issue de moi en éclairs fulgurants (Q, Par ton Seigneur ! Au feu de la passion mon cœur est attaché).
[3] Taine dit par exemple du type révolutionnaire français qu’ « il confine à l’aliéné et il en offre les principaux traits : l’exaltation furieuse, la surexcitation continue, l’activité fébrile, le flux intarissable d’écriture, l’automatisme de la pensée et le tétanos de la volonté, sous la contrainte et la direction de l’idée fixe… Sous le règne nominal d’une théorie humanitaire, elle couvre la dictature effective des passions méchantes et basses » Hippolyte Taine, Psychologie des chefs Jacobins, Revue des deux Mondes, 3e période, tome 65, 1884, p. 325, 367.
[4] C’est la prière que notre Seigneur Muhammad adresse à Dieu : « Seigneur ! Montre-nous les choses comme elles sont » Christian Jambet, Le philosophe et son guide, Mullâ Sadrâ et la religion philosophique; essais Gallimard, 2021, p. 145.
[5] وَٱعْبُدْ رَبَّكَ حَتَّىٰ يَأْتِيَكَ ٱلْيَقِينُ , Adore ton Seigneur jusqu’à ce que te vienne la certitude (Cor. 15, 99). Selon une parole de l’Envoyé – صَلَّىٰ اللّٰهُ عَلَيْهِوَسَلَّم – « La vision pure (ar-ru’yah aç-çâlihah) est une des quarante-six parties de la Prophétie ». « Tu Le vois ouvertement, autrement tu ne Le vois pas », vers d’une qaçidah de sidi cheikh Muhammad Al-Bûzaydi, رضي الله عنه.
[6] Charles Péguy, L’Argent, Cahiers de la Quinzaine, Série XIV, cahiers 5-8, 1913, p. 13.
[7] Ceci dit sans préjudice des privilèges des ayants droit . Toutes les citations des œuvres de sidi cheikh sont ici faites dans le respect du droit de propriété intellectuelle. J’espère que l’intérêt pour les œuvres de sidi cheikh créera une demande incitant les titulaires de droits à les publier. L’expression « oreille réceptive » apparait dans la sourate 69, verset 12 : لِنَجْعَلَهَا لَكُمْ تَذْكِرَةً وَتَعِيَهَآ أُذُنٌ وَٰعِيَةٌ, afin que nous fassions pour vous (de l’Arche) un Rappel que peut capter une oreille réceptive ». Un jour que notre Prophète – صَلَّىٰ اللّٰهُ عَلَيْهِ وَسَلَّم – lisait le Coran avec Sayyidunâ ‘Ali – كرم الله وجهه , il lui prit l’oreille et lui dit : « J’ai demandé à Allah que ce soit ton oreille, ‘Ali ! ». C’est un privilège spécial, accordé à ‘Ali. Sidi cheikh dit : « Partant de là, nous devons comprendre que l’ « oreille réceptive» n’est pas une chose qui peut s’acquérir, et que nul ne peut te donner une « oreille réceptive » si ce n’est celui qui en jouit déjà : un tel être sait en effet d’où et comment il peut t’en faire bénéficier, mais celui qui ne la possède pas ne sait rien à son sujet ni comment l’obtenir » (M, 31).
[8] Cette « crispation » consiste dans l’attachement à un point de vue particulier, donnant lieu à la projection d’ « impératifs » ou de « mots d’ordre ». Ces « prises de position » conduisent finalement à la formation de notre « moi » particulier qui se regarde comme le point source des idées qu’il défend. « La particularité propre au moi résulte de la partialité propre à l’idée : le moi s’est laissé réduire en point de vue, d’où résulte par « partiélisation » de la perspective et l’exiguïté des vues … Le sage est sans idée parce qu’il n’en privilégie aucune (ni, par là, n’en n’exclut aucune) et qu’il aborde le monde sans projeter sur lui aucune vision préconçue ; il n’en rétrécit rien par conséquent, par l’intrusion d’un point de vue personnel, mais en garde toujours ouvertes toutes les possibilités» François Julien, Un sage est sans idée, Seuil 1998, p. 23, 21. Ceci nous donne le sens de ces hadîths : « La diversité de points de vues est une Miséricorde pour ma communauté » et « Laissez la contestation (mirâ’), car au Jour de la Résurrection, je n’intercèderai pas en faveur du contestateur … Et si Satan a définitivement désespéré d’être adoré par vous il n’en trouve pas moins des satisfactions à susciter l’animosité entre vous, ce qui est justement le cas de la contestation dans la religion » . L’Imâm Ibn Hanbâl رضي الله عنه , déclare : « Celui qui se livre à la discussion théologique (kalâm) n’obtiendra jamais le succès : d’ailleurs nous n’avons presque jamais vu quelqu’un s’intéresser à la discussion théologique sans que son cœur ne soit atteint d’un vice ».
